Pères à domicile ? On adore !
Le père du XXIe siècle – par Doug Most sur MSN
C’est un samedi après-midi de printemps. Un jour parfait pour regarder un match de football, tondre la pelouse ou faire un bon footing ! Et pourtant, au lieu de cela, un groupe d’hommes en blue jeans est rassemblé dans une salle ensoleillée d’une boutique de Brookline dans le Massachussetts. Assis sur le sol, entourés de gros coussins jaunes, chacun d’eux a un bébé sur les genoux ou assis dans un landeau tout à côté. Ces hommes se sont réunis pour faire quelque chose dont leurs propres pères se seraient moqués ou, au mieux, qu’ils n’auraient pas compris : participer avec leur bébé à un programme très populaire appelé « Du temps pour les Papas ». « Mon père me harcèle à propos de ce cours », plaisante Paul Muniz, 27 ans, infirmier. Mais Paul pense que ce programme – un groupe de mecs discutant de trucs de bébé – a été formidable. « Cela nous aide à être des pères activement impliqués dans l’éducation de nos enfants », dit-il en berçant doucement Connor, son fils de trois mois. « Nous ne sommes plus considérés comme des supplétifs ! ».
Ainsi avons-nous rencontré le père du XXIe siècle : un homme qui arbore fièrement une trace de lait sur son épaule, comme une cicatrice de guerre, et non comme une tâche embarassante. Il ne se satisfait plus de tenir un rôle secondaire dans la vie de ses enfants. Maintenant, non content de suivre des cours de préparation à la paternité, de mémoriser le numéro du pédiatre et de changer les couches, le père moderne reste à la maison lorsqu’un enfant est malade, soigne les petits bobos quotidiens et s’inscrit à des programmes tels que « Du temps pour les Papas ».
La co-parentalité devient attractive
Même si leur nombre demeure faible, de plus en plus d’hommes réduisent leur charge de travail ou bien quittent leur travail pour élever leur famille. Et même ceux qui restent attachés au rôle traditionnel du père nourricier n’ont plus grand chose à voir avec les pères d’antan : beaucoup disent se sentir plus libres d’avoir un rôle éducatif, d’être plus affectueux ou d’exprimer plus ouvertement leurs émotions, sans penser que leur virilité en soit pour autant diminuée.« De ce que je peux constater, le nombre d’hommes intéressés par la co-parentalité n’a jamais été aussi élevé », dit Kyle Pruett, professeur de psychatrie infantile à l’Université de Yale. Dans son cours sur le développement de l’enfant, de jeunes hommes disent vouloir être plus impliqués envers leurs enfants. « Ils se sentent mal à l’aise lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne se souviennent pas de leur père comme de quelqu’un d’impliqué dans leur vie. Ils souhaitent faire les choses différemment. »
Cette nouvelle sensibilité reflète la convergence de plusieurs tendances. Un bon nombre des pères d’aujourd’hui sont les enfants de mères qui travaillaient et ont une conception bien plus flexible des rôles dévolus aux deux sexes. Beaucoup ont des femmes qui travaillent – qui peut se permettre de vivre sur un seul salaire aujoud’hui ? – et doivent prêter main forte sur le front domestique. Qui plus est, les conditions de travail ne coïncident bien souvent plus avec le rigide travail au bureau de Lundi à Vendredi 9h – 17h ; les progrès technologiques ont rendu plus facile que jamais de travailler n’importe quand, n’importe où.
Passer plus de temps à la maison
Que l’on se comprenne bien – ce n’est pas encore une révolution ! En moyenne, un père passe 6,5 heures par semaine avec ses enfants, soit bien moins d’une heure par semaine. C’est toutefois le double des 2,6 heures hebdomadaires que les hommes dédiaient à leur famille il y a 30 ans. De plus, de nombreuses enquêtes rapportent que le temps que les pères passent avec leur enfant n’est pas consacré à « regarder-un-match-de-foot-à-la-télé-en-consultant-mes-emails-sur-mon-blackberry » : c’est un vrai temps qualitatif. Une enquête de 2007 du Minnesota Fathers & Families Network a montré que 92 % des 600 pères enquêtés déclarent que donner de l’amour et de l’affection à leurs enfants est leur rôle le plus important. « Je suis un type de père très différent de mon propre père » dit Neal Pollack, un écrivain de Los Angeles de 38 ans, blogger et père de Elijah, 5 ans. « Marques d’affection, câlins et bisous – mon fils et moi n’avons aucun problème avec ça. Ce n’est pas comme si mon père était froid et distant, mais c’était un homme et j’étais un homme. Nous n’avons jamais parlé de nos sentiments. Nous regardions des films de karaté. Je fait ça avec mon fils, bien sûr, mais je chante aussi des contines avec lui ! » Neil Pollack est l’auteur de Alternadad, un livre humoristique sur ses expériences en tant que père moderne. Il est aussi un blogger actif à propos de son fils (sur offsprung.com et parents.com),ce qui fait de lui l’un de ces nombreux pères bloggers qui disent au monde entier combien ils adorent leur nouveau rôle.
Rendre la paternité “chic”
Il y a une génération, l’idée même d’une table de change dans les toilettes pour hommes ou de porte-bébés spécialement conçus pour hommes auraient fait le bonheur de tout humoriste inspiré. Tel n’est plus le cas, qu’on se le dise ! Quelques magasins ont équipé leurs toilettes pour hommes afin que ceux-ci puissent accomplir leurs devoirs de père moderne. Des accessoires pour bébé spécialement conçu pour les hommes commencent aussi à envahir le marché. « Certains de nos sacs pour les couches, conçus pour hommes, sont tellement populaires que nous sommes toujours à la limite de la rupture de stock ! » dit John Brosseau, cofondateur de DadGear, une entreprise qui fabrique des produits de transport des accessoires de bébé, spéciaux pour les hommes. John Brosseau et son associé Scott Shoemaker, ont créé l’entreprise en 2005 et en trois ans leurs ventes ont quadruplé. « Les pères ne sont plus seulement fiers de leurs enfants ; ils sont aussi fiers d’être des parents actifs », dit Brosseau.
Regardez autour de vous et vous verrez de multiples preuves de cette nouvelle fierté paternelle. Au bureau, les hommes se vantent de leurs enfants auprès de leurs collègues et dégainent des photos de leur poche-révolver comme s’il s’agissait de cartes de visite. Le week-end, ils portent fièrement leur nouveau-né sur la poitrine, racontent des histoires à leurs enfants et leurs donnent des grains de raisin en les poussant dans le chariot du supermarché. Les magazines people sont remplis de photos de pères comme Matt Damon, Brad Pitt ou Ben Affleck, se promenant tranquillement avec leurs enfants. [...] « La paternité est chic, à la mode ; elle ne coûte plus aux hommes leur masculinité », dit le Dr Pruett. « C’est un énorme changement sociétal ».
Doucement mais sûrement, ce changement devient quantifiable. En 2007, dans un sondage réalisé par Monster.com, un site de recherche d’emploi, les pères citaient un emploi du temps flexible comme le premier avantage recherché comme employé, suivi par le travail à distance et la possibilité de faire garder leurs enfants dans l’entreprise. Le sondage montrait aussi que 71 % des pères avec des enfants de moins de 5 ans avaient déjà pris des jours de repos pour s’occuper de leurs enfants, lorsque leur entreprise le leur avait permis.

